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Cameroun- Economie : L'incroyable et douloureuse histoire d'Express Union

Tel était le destin de cette entreprise, programmé dès sa naissance pour mourir. A l’origine, des insuffisances congénitales qui auraient pu difficilement l’en écarter.
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12/10/2019 - 17:37
Christian-ESSIMI
Christian ESSIMI
Rédacteur en chef
Cameroun- Economie : L'incroyable et douloureuse histoire d'Express Union

Défaillance stratégique. Lecture insuffisante du marché local, faible capacité à l’anticipation, tels sont aujourd’hui les manquements formulés à relever contre Express Union dans sa gestion quotidienne d’antan, lesquels continuent de l’entrainer de toute évidence vers le bas. Ils sont à mettre sur le dos du top management qui, au cours des années passées, n’aura pas eu toute la lucidité nécessaire de prendre le pas sur une porosité réglementaire et une innovation technologique qui lui ouvraient grandes les portes sur de belles opportunités sur son marché, aujourd’hui malheureusement saisies par de nouveaux entrants qui proposent des avantages comparatifs plus sérieux. « L’un des grands reproches que je fais à Express Union, c’est d’avoir amorcé son développement sans outils économiques stratégiques pouvant l’aider à mieux comprendre les fluctuations du marché qui était le sien à l’époque, et de pouvoir se projeter sur ce qu’il allait être aujourd’hui, et envisager dès maintenant les opportunités de demain. On a bien l’impression que derrière tout cela, il y a un défaut de réflexion profonde et d’étude du marché que l’entreprise subit aujourd’hui. Et si elle ne se remet pas en question, reconsidérer ses positions d’hier, revoir ses forces et ses faiblesses, analyser le comportement des concurrents, j’ai bien que cette entreprise ne disparaisse totalement, » selon les propos de Vincent de Paul Aboya, Doctorant en Economie à l’université de Yaoundé II.

 

Médiocrité d’un modèle économique et social

De plus, le modèle économique et social d’Express Union (EU) a favorisé le reste. Salaires trop bas malgré une rentabilité certaine, qualité de service à l'usager laissant à désirer et faisant souffrir l'usager au lieu de lui soulager ses points de douleur, une innovation technologique trop faible et trop lente malgré le grand potentiel que lui offrait les TIC et la big data, des coûts de services trop élevés pour les clients, etc. Les clients étaient contraints et l'entreprise se portait bien tant qu'elle était en position de monopole.  Le jour où il a eu le choix d'une alternative crédible, tout s'est écroulé comme un véritable château de cartes. Et là encore, hélas EU n'a pas su réagir. « Beaucoup de Camerounais y compris moi-même avions été soulagés avec l’arrivée de Orange Money et Mobile Money sur le marché. Franchement c’était devenu insupportable. Passer de longues heures durant à attendre d’être servi sans confort particulier, ni respect possible, c’était un calvaire tout simplement que d’imaginer que vous devez vous y rendre pour un retrait ou un dépôt, » confesse Florentin UM, usager à Yaoundé.

L’offensive ratée

 Elle a voulu donc contrer et courir après des concurrents plus grands, avec un meilleur réseau commercial (call box) et un avantage technologique plus considérable au point de ruiner ses économies du temps des vaches grasses. Pourtant, l'entreprise aurait pu s'inscrire dans une vraie logique de disruption, opérer un changement à 360 degrés en exploitant ses acquis du passé que pourraient être son réseau commercial (ses points de vente), sa data (données des clients), sa notoriété,  son personnel ( si elle avait trouvé un moyen de les fidéliser par le biais d'une solide culture d'entreprise et un bon et juste niveau de rémunération), etc. et repartir sur une activité connexe en développant de nouveaux partenariats institutionnels, techniques et commerciaux. Mais son management avait-il des ressources pour investir dans une telle ingénierie ? That is the question et beaucoup d’en déduire que le succès de EU relevait de la génération spontanée. L'entreprise est donc "morte" de sa belle mort, comme elle est née.

Alphonse ATEBA

 

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