Onglets principaux

Culture & Art

Cameroun- Culture : Perspectives nouvelles pour une civilisation africaine en pleine reconnaissance

Désormais, chaque 24 Janvier va se célébrer La journée mondiale de la culture africaine et afrodescendante. A l’occasion de  cette première edition, Sa Majesté Ness Essombey Ndambwe, Chef Traditionnel de Sodiko (Douala IV), Vice-président en charge de l’Afrique Centrale a accordé une interview...
378 vues
01/23/2020 - 14:32
Christian-ESSIMI
Christian ESSIMI
Rédacteur en chef
Cameroun- Culture : Perspectives nouvelles pour une civilisation africaine en pleine reconnaissance

Quel est votre sentiment à quelques jours de la première célébration officielle de la journée mondiale de la Culture Africaine (JMCA) ?

C’est un sentiment de satisfaction, de grande joie. Cela fait en effet plusieurs années que, suite à la signature le 24 janvier 2006 de la Charte de la renaissance culturelle africaine par les chefs d’Etats du Continent, nous avons, sous l’impulsion du Togolais John Ayité Dossavi, entrepris de faire un plaidoyer international pour que la culture de l’Afrique, berceau de l’humanité, soit célébrée. Nous avons obtenu satisfaction grâce au vote de l’UNESCO qui adopte cette journée et place la JMCA au rang des journées internationales qui sont célébrées dans le monde entier.  Justice est rendue à l’Afrique et c’est une immense satisfaction pour tous les acteurs, et j’en fais partie.

Concrètement, quelle est l’histoire qui entoure cette journée ?

Comme je l’ai dit plus haut, tout part du sommet des Chefs d’états de l’Union Africaine à Khartoum en 2006. Ils avaient entre autres préoccupations, de restaurer et promouvoir la culture africaine. C’est ainsi que le 24 janvier, ils se sont mis d’accord et ont signé La Charte de la Renaissance Culturelle Africaine. Ils ont invité chaque Etat partie à tout mettre en œuvre pour que la culture africaine retrouve ses lettres de noblesse. Mais il fallait au préalable que chacun des Etats promulgue cette charte selon l’encadrement juridique qui lui est propre. C’est ainsi que s’agissant du Cameroun, c’est le 23 décembre 2014, que le Président de la République a promulgué la loi n° 2014/020 l’autorisant à ratifier la Charte de la Renaissance Culturelle Africaine. Mais il faut dire qu’il restait à rendre concrète cette volonté de nos dirigeants et éviter que tout ceci ne reste pas que des mots sur du papier.

Que s’est-il donc passé ?

 Monsieur John Ayité Dossavi et le Réseau des Promoteurs et Entrepreneurs Culturels (RAPEC) dont il est fondateur, ont pensé mobiliser toutes les énergies et compétences pour qu’une journée mondiale soit consacrée à la culture africaine. Très vite, la date du 24 janvier (celle de la signature de la Charte par les Chefs d’Etats) s’est imposée comme faisant l’unanimité et pouvant éviter que cette date soit perçue comme celle d’un évènement propre à un pays ou à un dirigeant.

Comment tout cela s’est-il matérialisé au niveau du Cameroun ?

En ce qui nous concerne, c’est en 2016, que le Cameroun par ma modeste personne, a rejoint cette grande coalition internationale, à la faveur d’une rencontre à Abidjan avec Monsieur Dossavi et son équipe. J’ai quelque temps après, été désigné Vice-président du Comite Mondial de mobilisation, spécialement en charge de l’Afrique Centrale. Aux dires de Monsieur Dossavi, je suis le premier chef traditionnel africain à avoir rapidement épousé l’idée et avoir rejoint la mobilisation. C’est un bon point pour le Cameroun, surtout que une fois revenu au pays, une plateforme commune a été mise en place avec des associations diverses comme Cultural Union of Traditional Chiefdoms, mais aussi l’association des chefs traditionnels des villages Sawa du Wouri, l’association des chefs de Yaoundé 3, l’association JARDIN et bien d’autres encore. Au niveau des organisations internationales, c’est le Togo qui a porté le projet devant l’Unesco et a su mobiliser autour de lui, de nombreux autres Etats et pas seulement africains.  L’aboutissement a été l’adoption par le Conseil exécutif de l’Unesco le 20 Novembre 2019, de la JMCA, que le monde entier est appelée à célébrer le 24 janvier de chaque année.  

Que représente cette journée pour les africains ?

Permettez que je vous lise quelques extraits de la charte de la renaissance culturelle africaine. Nos Chefs d’Etats y proclament : « Conscients du fait que tout peuple a le droit inaliénable d’organiser sa vie culturelle en pleine harmonie avec ses idéaux politiques, économiques, sociaux, philosophiques et spirituels; Convaincus que toutes les cultures du monde ont un droit égal au respect, de la même manière que tous les individus ont un droit égal au libre accès à la culture ; Conscients  du  fait  que  la  culture  constitue  pour  nos peuples le plus sûr moyen de promouvoir une voie propre à l’Afrique vers le développement technologique, et la réponse la plus efficace  aux défis de la mondialisation ; Convaincus que la culture africaine n’a de signification que lorsqu’elle participe pleinement au combat pour la libération politique, économique et sociale, à l’œuvre de réhabilitation et d’unication et qu’il n’y a pas de limite à l’épanouissement culturel d’un peuple ; Convaincus que la diversité culturelle et l’unité africaine constituent un facteur d’équilibre, une force pour le développement économique de l’Afrique, la résolution des conflits, la réduction des inégalités et de l’injustice au service de l’intégration nationale…» Je vais me limiter à ces extraits, qui me semblent suffisamment explicites, tant pour ce que la JMCA représente, que pour la cible concernée par cette journée.

En tant que point focal Afrique Centrale du comité mondial de mobilisation ayant conduit à l’instauration de cette journée, quelles sont les actions que vous avez entreprises pour que cette journée soit convenablement célébrée tant au Cameroun que dans les autres Etats d’Afrique Centrale ?

Au niveau institutionnel, nous avons depuis 2017, noué des contacts avec plusieurs ministères dont l’implication nous paraissait primordiale pour la reconnaissance et l’institutionnalisation de la JMCA. Je citerai la Primature, le Ministère des Arts et de la Culture, le Ministère de la Communication, le Ministère de la Jeunesse et de l’Education Civique, le Ministère du Tourisme, le Ministère des Transports, tous les ministères en charge de l’Education et des Enseignements (primaire, secondaire, Supérieur), mais aussi la représentation nationale de l’Unesco. Je dois révéler que si les premières tentatives d’approche ont été difficiles, tous ces ministères, je dis bien tous ces ministres, ont depuis 2019, au moins entretenus l’espoir d’un aboutissement positif. En 2018 déjà, nous avons été reçus en audience par le Ministre de la Communication de l’époque et celui de la Jeunesse et de l’Education Civique toujours en poste. Le Ministre des Arts et de la Culture nous avait pour sa part octroyé un appui financier, que nous n’avons hélas, pas encore perçu à ce jour, malgré la transmission du rapport final. Des très hauts responsables des Ministères du Tourisme et des loisirs, des Transports, de l’Enseignement Supérieur, nous ont dits avoir reçus des instructions de leur hiérarchie pour bien traiter ce dossier. Enfin, la Primature nous a répondu et a fait des recommandations au Minac. C’est dire que la JMCA a reçu un très bon accueil au niveau du gouvernement. Il en est de même au niveau des organisations de la société civile et des chefferies traditionnelles.

S’agissant des autres pays d’Afrique Centrale, notre stratégie était d’abord d’asseoir la JMCA au Cameroun, d’y inviter nos frère d’Afrique Centrale et par la suite, les accompagner pour la même reconnaissance et célébration de la JMCA dans leurs pays respectifs.

Comment va-t-on célébrer cette journée au Cameroun, en Afrique et dans le monde ?

L’UNESCO a elle-même précisé qu’il appartiendra à chaque Etat membre de célébrer la JMCA selon sa vision et ses moyens. C’est d’ailleurs le cas pour la majorité des célébrations internationales. Nous avons des informations de ce que plusieurs pays en Afrique vont organiser des grandes manifestations dans des salles ou lieux de culture. En Europe, dans les Antilles et en Amérique, nous recevons des informations faisant état de quelques initiatives pour que la JMCA soit célébrée de manière sinon éclatante, du moins convenable. Il ne fait donc pas de doute que la première édition officielle de la JMCA sera célébrée partout dans le monde et l’Afrique doit en être fière.

Que prévoit le chronogramme des activités pour le vendredi 24 Janvier 2020 ?

S’agissant du Cameroun, nous souhaitons une célébration dans tout le pays, dans chaque ménage, établissement scolaire et lieu de service. Par ailleurs, nous ne souhaitons pas une forte contrainte financière. Les temps sont difficiles et il faut trouver le moyen de célébrer sans dépenser outre mesure. La culture ne se résume pas en un lieu, en un secteur. Il s’agit de l’ensemble de la culture africaine dans toutes ses déclinaisons. Le programme que nous soumettons aux autorités et à la communauté nationale, voir d’Afrique Centrale, prévoit donc pour le 24 Janvier 2020 et sur toute l’étendue du territoire national, que de 08h à 18h, tous les travailleurs soient à leurs occupations habituelles en tenue traditionnelle au choix de chacun ; que les élèves et enseignants soient en classes en tenue traditionnelle ; que de 11h30  à 12h, les chefs traditionnels viennent parler culture aux élèves et étudiants dans leurs établissements respectifs ; qu’à 12h, tous ceux qui seront en tenue traditionnelle se prennent en photos avec leurs collègues ou camarades dans les mêmes dispositions ; que les restaurateurs proposent à leur clientèle des plats camerounais ; que les media diffusent de la musique camerounaise, que la presse écrite publie des articles en langues nationales et que la gente féminine arbore des coiffures africaines. Nous avons tout de même suggéré au ministère de la Communication, qu’il organise une manifestation officielle de lancement au musée national, avec un contenu hautement culturel et un message du Gouvernement. Toutes les autorités participantes devraient y venir en tenue traditionnelle et une photo serait prise dans cette apparence.

Vous constaterez que ce programme permet que tout le pays soit en mouvement et surtout, nous n’avons pas besoin d’un budget particulier, chacun faisant ce qu’il peut dans son cadre de vie et de travail habituel.

Que répondez-vous à ceux qui estiment qu'il faut un pagne avec les logos et autres symboles des us et coutumes de la culture africaine pour magnifier cette journée ?

Il faut absolument éviter l’adoption d’un pagne pour la JMCA. La culture est plurielle et diverses dans son déploiement. Un pagne à l’instar de celui de la Journée Internationale de la Femme ou à l’instar du pagne d’un festival culturel est la pire des choses qui puisse arriver à la JMCA. Nous devons au cours de cette journée, célébrer notre génie culturel. En plus, comment sur un pagne symboliserez-vous tous les pans de la culture. Il y a des journées spécifiques à certains secteurs de la culture. La Musique, l’art plastique, la littérature, la médecine, l’art vestimentaire, l’art culinaire, les langues africaines… mais la JMCA, rassemble tout ceci. C’est l’Art avec grand « A ». On ne peut donc pas le réduire ou le résumer dans un tissu ou un pagne. C’est d’ailleurs pour cela que le programme de célébration que nous proposons pour toutes les éditions est que chacun dans son environnement et dans ses activités de tous les jours, pose un acte en faveur de la promotion et de la valorisation de la culture africaine. L’enfant à l’école, le travailleur au lieu de service, la ménagère à la maison, le guérisseur dans sa clinique, le musicien dans son art… En un mot comme en mille, nous devons catégoriquement refuser qu’un pagne soit adopté pour symboliser la JMCA.

En Novembre 2019 vous annonciez l'organisation d'un jeu sur la page Facebook de cette journée que vous devriez créer pour faciliter l'expression des actions culturelles. Où en êtes-vous avec ce projet ce jour ?

Malheureusement, cette action qui participait de la sensibilisation de la communauté nationale n’a pas prospéré, car à l’époque, nous attendions encore la réaction des diverses autorités contactées. Les signaux positifs sont arrivés un peu plus tard de manière timide. Nous ne désespérons pas de remettre une telle initiative à l’ordre du jour.

En dehors de La JMCA que faut-il faire d’autre pour que la culture africaine retrouve ses lettres de noblesse ?

Le travail est immense et qui trop embrasse, mal étreint. L’Afrique vient de remporter une grande victoire avec l’institution par l’Unesco de la JMCA. Commençons par rendre cette célébration effective dans chacune de nos maisons, villes et dans chacune de nos familles. Je sais que chaque chef traditionnel, chaque femme ou homme de culture, fait tous les efforts possibles pour que jamais notre culture ne disparaisse. Je voudrais les en remercier tous. La JMCA est un pas ultra important dans la préservation et la revalorisation de notre culture, en ce quelle touche à tous les volets. Il reste beaucoup à faire, mais savourons déjà cet acquis. En vous remerciant pour l’espace que vous me donnez, je profite de l’occasion pour inviter toute la communauté nationale à célébrer ce 24 janvier et de manière forte et visible, la première JMCA post reconnaissance par l’Unesco.

Propos recueilli par Thierry EDJEGUE

Étiquettes: