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Cameroun- Société : L’union sacrée autour du ERU

Depuis le déclenchement de la crise anglophone au Cameroun, la situation chaque jour qui passe se dégrade tout en laissant derrière elle des vagues de désespoir. Dans ce boulevard d’incertitudes, les Camerounais ont trouvé dans le ERU, plat traditionnel du Nord-Ouest, un moyen de taire leurs...
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08/15/2019 - 12:52
Christian-ESSIMI
Christian ESSIMI
Rédacteur web
Cameroun- Société :  L’union sacrée autour du ERU

Des années déjà que le Cameroun est arrosé par une interminable guerre qui déchire de désarroi le cœur battant du pays tout entier à partir de ses points de capture que sont : Bamenda et Buea. Des années en effet que le tissus social est menacé, l’harmonie générale du pays détruite. Des années que rien ne va. Le doute persiste et le chaos semble se généraliser, cela même, sans que personne ne puisse lire à l’horizon des signes évidents annonciateurs d’un retour à la normale pour les jours à venir. « La situation de Bamenda et Buea préoccupe car, personne n’avait imaginé que plus de trois ans après son déclenchement nous en serons encore là, pire, sans solutions efficaces apparentes », fait savoir Etienne NGONO, Doctorant en sciences politiques à l’université de Yaoundé 2 Soa.

Une situation de quasi chaos donc, qui porte en échos les insuffisances et limites notoires des mesures politiques jusque-là prises, pour endiguer cette crise. L’essoufflement est d’ores et déjà perceptible, la fatigue intellectuelle s’installe et les chances de sortie de crise chaque jour qui passe semblent s’amoindrir. L’exploration de nouvelles frontières d’espérances se pose donc aux yeux de tous comme une évidence. Mais quelle direction prendre ? Arsène MIFEGUE, sociologue semble tenir la bonne réponse : « Le Cameroun est immensément riche sur le plan de sa culture. Et c’est un territoire qui jusqu’ici a été peu exploré. Pourtant, c’est la seule chose qui en ce moment parvient encore à réunir tous les Camerounais sans distinction d’appartenance ethnique ou politique. C’est la première arme à utiliser pour désamorcer cette crise, avant d’emprunter les chemins politique ou économique. »

Des propos qui semblent vendre l’espoir, en indiquant clairement que rien dans ce boulevard d’incertitudes et dans cette avenue de doutes multiples, n’est perdu. Il faut donc saisir le cri de ralliement qui vient tout droit de la culture, autour par exemple de quelques mets, à l’instar du ERU, plat traditionnel du Nord-Ouest qui convie chaque jour à sa table, Francophones et Anglophones, Bassa et Bamiléké, Béti et Douala, pour un partage honnête et fraternel, loin, très loin des crépitements des armes, ou des rancœurs intrépides qui font peser à la conscience collective, toutes les promesses de l’incertain. « On se retrouve régulièrement pour partager des plats traditionnels ensemble. Ça peut être ceux du centre ou du Sud-Ouest ou encore ceux de l’Ouest ou de l’Est peu importe. Pour nous c’est cela la vraie signification de l’identité que nous portons comme Camerounais. » déclare Jérémie SOP, habitant de Yaoundé et Originaire de l’Ouest du pays.

La démultiplication des points de vente de ce plat traditionnel du Nord-Ouest dans la ville de Yaoundé témoigne en effet de sa bonne santé et surtout de l’effet d’attachement qu’il procure aux Camerounais. Presque jamais par le passé, le ERU n’a connu pareil engouement comme cela semble être le cas depuis le déclenchement de la crise anglophone au Cameroun. Des restaurant se sont même spécialisés dans la vente de ce plat et en font des chiffres d’affaires importants : « Moi je ne vends que le ERU ici et ça passe très bien. Les gens appellent même pour commander leur plat, qui avant la guerre à Bamenda coûtait 500fcfa. Mais depuis que la crise a commencé, nous vendons à 1000f CFA, et on s’en sort très bien, » précise Berry NFOR tenancière d’un restaurant à Yaoundé.

 Dans ce restaurant situé au quartier Melen dans le sixième arrondissement de Yaoundé, c’est quasiment la grande messe tous les midis, à la quelle prennent part, des fidèles venus des quatre coins du pays, avec une prédicatrice d’expression anglaise.

Aujourd’hui, 14 Août 2019, il est 12heures. A l’intérieur du restaurant, ça bouillonne de partout. Plus de places assises. Mais les clients continuent d’affluer par petits groupes pour prendre part à ce festin d’un autre genre. « C’est comme ça tous les jours. Les gens se donnent rendez-vous ici pour venir manger le ERU. Et pour moi ce n’est pas facile. Il faut se lever tôt pour que je respecte l’heure de Midi. » lance en travaillant la patronne des lieux.

Pour les clients qui fréquentent ce lieu depuis bien longtemps, impossible de passer un jour sans en manger un plat. « Je suis sûr que ceux qui sèment le désordre dans les régions anglophones du pays n’ont pas encore goûté à un bon plat de ERU. Lorsqu’ils le feront ils arrêteront tout ce désordre-là. Car rien ne vaut la vie. »

Devant un plat de ERU à Yaoundé, les clients semblent oublier leurs origines, les frontières linguistiques ou les barrières naturelles, pour ne parler qu’une seule et unique langue, celle d’un Cameroun qui aspire à un demain meilleur dans l’union et la fraternité. Preuves évidentes de ce que la résolution de la crise anglophone passe aussi par un diagnostic franc et profond de la société d’aujourd’hui, afin d’en esquisser les canevas de celle de demain, plus juste et mieux épanouie, pour que pareilles frustrations plus jamais n’arrivent.

 

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