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Actualité

Navires en insécurité : Des militaires accusés de piraterie au large de Kribi

De nombreux armateurs se plaignent de l’arnaque dont ils sont victimes en haute mer. Ils menacent de saisir la justice de leurs pays respectifs contre l’armée camerounaise.

Le Messager / jeudi 20 novembre

C’est hier mercredi aux environs de 12h que le navire arrêté par les militaires de la base navale de Kribi a quitté les côtes camerounaises pour sa destination finale avec à son bord ses 70 passagers de diverses nationalités. En provenance de Calabar au Nigéria, ce navire faisait route vers Pointe-Noire au Gabon quand il a été arraisonné mardi soir par des militaires. Selon les explications d’un douanier, “ ce sont les marins de Campo qui, à travers leur radar, ont détecté une embarcation en mer. Ils ont informé la base navale de Kribi qui a dépêché des éléments pour la récupérer […]”.

Le bateau a été finalement libéré parce qu’“ il n’avait pas d’infraction ; presque tout était en règle”, explique un marin. Pourtant, certaines sources bien informées parlent d’une sorte de “ rançon ” que l’équipage aurait versé aux autorités administratives et militaires de Kribi pour obtenir la libération du navire. Selon certains experts maritimes ayant requis l’anonymat, le bateau ne possédait pas tous les documents requis pour la nature du trafic auquel il était engagé, et certains passagers ne possédaient pas de pièces d’identité.

Cette autre interpellation d’un navire par la base navale de Kribi intervient dans un contexte où de nombreux armateurs se plaignent de l’arnaque dont ils sont victimes ; une arnaque dont les auteurs seraient des militaires de cette base lors de leurs patrouilles en haute mer. Vendredi de la semaine passée, une autre embarcation avait été saisie de nuit et le contenu de ses cales (des centaines de cartons de crevettes, d’écrevisses et de langoustes) avait été partagé entre des militaires et certaines autorités de la cité balnéaire. Une véritable fortune quand on connaît les prix “ exorbitants ” de ces produits de mer sur le marché. Certaines autorités parties prenantes de ce partage avaient reçu jusqu’à quatre cartons contenant 8 paquets de 2 Kg chacun. Ils avaient alors investi les hôtels et les marchés à la recherche des preneurs de cette manne venue de la mer. Le total de ce butin était évalué à plus de 15 millions de Fcfa !

Selon des armateurs, ces actes sont fréquents en haute mer. “ C’est trop ; nous ne pouvons circuler librement sans nous faire arnaquer par des militaires en patrouille. Quand ils vous trouvent en mer, il y a toujours une petite infraction. Ils menacent de saisir votre navire et pour ne pas perdre le temps, il faut négocier. Il faut alors donner du poisson, de l’argent ou autre chose. Tout est bon à prendre pour eux. Certains passagers, peut-être clandestins, sont même fouillés et délestés de leurs biens”, déclarait récemment le capitaine d’une embarcation nigériane victime de ce qu’il appelle lui-même “ piraterie ”. Dans la cité balnéaire, on ne parle de cette pratique des militaires qu’en coulisse, tant la peur du gendarme est ancrée dans les consciences. Un doigt accusateur est pointé vers les autorités administratives qui cautionnent ce brigandage qui finit par salir tout les corps des forces armées alors qu’il n’est perpétré que par quelques éléments. Les armateurs de navires étrangers souhaitent que ce genre d’actes s’arrête et qu’une enquête soit ouverte par les autorités compétentes pour sanctionner les auteurs. D’autres ont promis de porter plainte contre l’armée camerounaise une fois dans leur pays.

Sévère KAMEN

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