Actualité
Yaoundé : la Briqueterie s'effondre
Surpris par les bulldozers
Le jour / Lundi 25 Août
La Communauté urbaine de Yaoundé a poursuivi ses déguerpissements hier alors que les populations disent n'avoir pas été prévenues.
Jusqu'aux premiers coups de pelles des engins de la Communauté urbaine de Yaoundé hier sur sa maison, François Ndjetang s'imaginait qu'il serait épargné. Il avait alors entrepris de consoler ses voisins qui avaient subi les foudres de la Cuy un jour plus tôt. Il avait même offert son hospitalité à un voisin, déguerpi de sa maison située juste derrière le Palais des sports du carrefour Warda, qui n'avait pas où passer la nuit. La maison de François Ndjetang étant située juste derrière l'hôtel Aurore, il ne se doutait de rien, confie-t-il les larmes aux yeux.
Hier matin, comme à son habitude, François s'est rendu au marché Mokolo où il tient un commerce. Aux environs de 13h, c'est l'un de ses cinq enfants qui l'informe par téléphone de l'arrivée des engins de la Communauté urbaine. "J'ai cru qu'il plaisantait. Mais comme il pleurait, je me suis dit que c'est sérieux", confie-t-il.
Lorsqu'il arrive sur les lieux, François Ndjetang ne reconnaît pas le quartier où il vit depuis plus de 25 ans. Tout est détruit. Il retient à peine ses larmes lorsqu'il se retrouve sur les décombres de ce qui était sa maison. La pluie qui s'est abattue après les casses n'a pas arrangé les choses. Sa femme et ses enfants n'ont pas eu le temps de sauver ce qui pouvait encore l'être. Meubles, vêtements, ustensiles de cuisine, cahiers et livres, rien n'a été épargné. "Quelle méchanceté ! Comment peut-on venir nous demander de déguerpir mercredi soir et nous casser vendredi ? C'est pour qu'on aille où ? Je vais faire comment ?", se demande-t-il. La plainte est presque la même un peu partout. Toutes les victimes disent avoir été surprises alors qu'elles étaient encore à réfléchir sur leur prochaine destination.
Seule la présence des forces de l'ordre hier à la Briqueterie a permis d'éviter le pire. Les populations s'étaient déjà concertées pour opposer une résistance à la Communauté urbaine. Mais, la présence des camions anti-émeutes, des policiers et gendarmes armés a été dissuasive. Les riverains ont alors assisté, impuissants, à la destruction de leurs maisons ou de leurs commerces. L'hôtel Aurore a été "provisoirement" épargné alors que toutes les maisons situées juste derrière, sur au moins 50 mètres, ont été détruites. Idem de l'autre côté de la route.
Certaines sources indiquent que les casses vont se poursuivre aujourd'hui. Quant à savoir ce qui sera fait du site, rien n'est officiel, mais la rumeur court. "On nous a dit qu'on va faire un parking ici et construire un hôtel", croit savoir un homme. Plus révolté, un autre ajoute : "Tout ça c'est la faute aux Chinois. Pourquoi c'est ce site qu'ils ont choisi ? On leur a proposé des terrains partout ils ont refusé. Voilà maintenant qu'on nous laisse dans la rue", regrette-t-il.
Jean Bruno Tagne
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